Il y a quelques semaines Anne-Sophie de la savonnerie En douce heure, m’a gentiment proposé de m’envoyer quelques huiles pour faire mes tests. Des huiles très précieuses que je n’avais jamais testé pour le savon du mois et dont elle souhaitais connaître les avantages en savonnerie. C’est donc avec bonheur que j’ai reçu quelques jours plus tard des huiles de Germe de blé, de Calophylle et de Millepertuis que je me suis empressé de tester sur le champ. Vous n’aurez donc pas le choix dans les mois qui viennent car je vous montrerais ces résultats en premier. La prochaine huile sur le banc d’essai est donc l’huile de Germe de blé.
Après discussion avec Anne-Sophie j’ai eu très envie de lui poser des questions sur ses savons et son travail de savonnière en général. Un tic que j’ai pris depuis que je fais NaOH. Mais comme il y a beaucoup de savonniers que je côtoie et que j’ai trop peu de temps pour faire des NaOH suffisamment souvent, j’ai eu envie de mettre ça ici. J’ai donc décidé de faire une nouvelle rubrique interview sur le blog. Alors c’est parti !!

Peux tu me dire quel est ton parcours personnel et comment tu as fait pour devenir savonnière ? Et surtout ce qui t’as poussé dans cette voie là ?
J’ai fait des études de chimie à la fac (Limoges, Poitiers puis Montpellier), DEA chimie des biomolécules à Montpellier suivi d’un Mastère en chimie fine organique. J’aurai pu continuer par une thèse mais j’ai choisi de partir dans l’industrie pharmaceutique. J’ai donc passé 7 ans en labo de recherche, à Dijon puis Paris. J’y ai appris énormément, je ne regrette rien. Sauf que ce n’était pas vraiment pour moi. En tout cas de ma vision actuelle des choses, car à l’époque je m’y plaisais bien. Mais la vie en banlieue parisienne ne nous (mari + 1 enfant) a jamais attiré au départ. Alors quand on a décidé de partir (mari + 3 enfants !!) c’était pour commencer autre chose, et surtout à la campagne.
On a donc quitté nos boulot pour en créer de nouveaux. J’ai suivi mon mari en Dordogne pour sa création d’association (compostage, lombricompostage) et j’ai réfléchi à la mienne. Je voulais travailler chez moi, utiliser mes connaissances de la chimie, et dans l’idéal me rapprocher de la nature. C’est là que je me suis souvenue d’une discussion avec mes anciennes collègues, quand le labo où j’étais allait mal. A la question que l’on se posait « qu’est ce qu’on fera dans 2 ans ? » je leur avais dit comme ça « j’habiterai à la campagne et fabriquerai des savons que je vendrai sur les marchés ». Au départ c’était une envie, un style de vie qui m’attirai. Et finalement l’idée a fait son chemin et dès que je me suis lancée dans la fabrication de savons pour mon usage perso je n’ai pas pensé à faire autre chose que monter mon entreprise. J’ai trouvé le métier qui rassemble le côté précis et rigoureux de la chimie, le côté naturel par l’utilisation de plantes, huiles, argiles, et une pointe de créativité pour mélanger les ingrédients, les couleurs et les parfums des savons.

Je comprend ce que tu veux dire par style de vie. J’imagine que cette décision n’a pas été prise du jour au lendemain. A ce moment là de ta vie as tu beaucoup réfléchi où t’es tu plongée de suite à corps perdu dans ton entreprise ?
J’ai passé 4 mois à réfléchir, tester et jouer avec les savons, bosser pour monter ma savonnerie tout en me disant que si ça ne se fait pas, tout cela aura quand même été une bonne expérience. Je gardais alors mon plus jeune fils à la maison, donc je bossais en pointillés. Et puis 6 mois à y croire, travailler dur pour être prête le jour où je me lancerai, ce qui est arrivé vite finalement… Je me retrouve donc là, en Dordogne, savonnière. J’ai appris sur le tas les difficultés administratives de la vie d’une entreprise, je me suis formée sur les huiles essentielles, les soins au naturel. Pour ce qui est de la saponification mes connaissances en chimie organique m’ont bien aidé. J’ai rencontré plusieurs savonniers avant de me lancer, dont Melinda Coss avec laquelle j’ai passé 2 jours à étudier savons liquides et législation. J’ai aussi fait une courte formation sur Bordeaux, sur le thème des savons de Marseille. Le côté industriel de la fabrication était intéressant, et les conseils avisés bien enregistrés.
Tu veux dire que malgré tes connaissances en chimie tu as eu besoin d’aide pour te lancer. Est ce plus la technique de la saponification, les connaissances en aromathérapie ou plutôt la gestion de l’entreprise qui te manquais ?
Pas facile de se dire « je sais faire du savon » sans personne de qualifié pour en attester. J’ai voulu me rassurer oui en rencontrant d’autres savonnières. La saponification, c’est simple à partir du moment où les ingrédients sont bien choisis, les calculs bons et les pesées rigoureuses. J’ai manipulé bien plus dangereux en labo que la soude… J’ai lu beaucoup de livres sur la savonnerie, l’aromathérapie. On en apprend tous les jours, en lisant, discutant et en testant.
Et pour ce qui est de la gestion de l’entreprise, c’est là que j’étais dans le flou total. Je me suis tournée vers la chambre des métiers, ai suivi le stage obligatoire pour la création d’entreprise. Ça m’a aidé à y voir plus clair. Même si actuellement encore je gère les choses quand elles arrivent. Tout est nouveau pour moi. Je me suis aussi formée à la comptabilité, cela me parait important de savoir aussi gérer son argent !!!

Travailles tu en solo, avec un labo ou un chargé de production ?
Question législation j’ai les diplômes pour être responsable de la fabrication. J’ai recouru aux services d’une personne pour la mise en place des dossiers cosmétiques. Cela m’a rassuré, m’a aidé à être en confiance avec le travail que j’avais déjà effectué avant de me lancer. Mon responsable sécurité sanitaire est un médecin qui travaille dans une entreprise de cosmétiques, qui élabore ses propres produit et assure un conseil en réglementation cosmétique auprès des « petits » professionnels tels que moi. Comme cela je suis bien épaulée.
Pourquoi avoir recours à une personne malgré tout ? Tu dis que tu as les diplômes pour être responsable de fabrication. Cela ne suffit il pas ? Ou est ce juste pour être assurée d’être au top des réglementations ?
Pour être responsable de fabrication il faut un bac+2 en sciences, donc pour moi pas de souci. Par contre pour être responsable de la sécurité sanitaire il faut avoir un diplôme de pharmacien, médecin ou équivalent. C’est là que je travaille en relation avec un médecin qui atteste que chacune de mes formulations n’est pas nocive sur la santé humaine, au vu de ma façon de travailler, de la qualité de mes matières premières, de la formulation et du respect du code de la santé publique. De plus c’est lui qui gère l’envoi de mes formules aux centres anti-poison de France et me préviendra si la réglementation change. Donc je suis sereine et gère uniquement le côté production, traçabilité, contrôle qualité.
Quelles difficultés as tu rencontrées pour pouvoir commencer ton activité ?
Mes principales difficultés… trouver les informations. Maintenant cela me parait simple, mais il y a 1 an encore, quel casse-tête !! J’ai posé des questions, beaucoup cherché à droite à gauche des infos. Car le savon fait partie des cosmétiques, mais c’est une branche un peu à part car ce sont des produits rincés. Les exigences sont moins strictes, le problèmes est de savoir où sont les limites de ce que l’on peut faire. Tout cela rajouté à la question de quel statut juridique choisir ? Et de la faisabilité d’un tel projet…

Comment gères tu cette réglementation au jour le jour ? Je suppose qu’une fois que tes formules sont établies c’est beaucoup plus cool ? Tout ne change pas tout du jour au lendemain.
Une fois que la formule est établie je la respecte au gramme près, cela m’assure de produire toujours le même savon. Mais j’ai changé beaucoup de choses au bout de mes 3 premiers mois, après les fêtes de Noël. Je me suis rendue compte de ce qui plaisait et ne plaisait pas dans mes savons, et me suis adaptée. Il est bon de se remettre en question dès le début (et tout le temps d’ailleurs). Donc du coup cela a engendré à nouveau beaucoup de temps et de paperasse…
Tu fais ça depuis 1 an. Avec le recul penses tu avoir fait le bon choix, es tu satisfaite de ta vie de savonnière ?
Je pourrai répondre à cette question début septembre, quand ma première année d’activité sera révolue. Entre la savonnerie et mes 3 enfants, c’est parfois difficile. Je ne travaille pas le mercredi, et le dimanche ponctuellement, ma vie de famille est plus importante que les marchés bondés du dimanche matin ! Je dois être patiente et tenace sur les marchés, une clientèle ne se fait pas en 1 an, ni même 2… Travailler avec les boutiques bio ou les pharmacies va aider à faire connaître mes savons. Discuter aussi à droite à gauche, comme là maintenant.
Côté financier je ne me sors aucun salaire pour le moment… Mais côté relationnel, j’en ai rencontré des gens depuis septembre dernier !!! Je me suis découverte à me lancer dans cette aventure, et ne changerai rien pour le moment. On verra dans 1 an ou 2 si mon discours est le même. Surement que non car je dois bien en vivre de cette activité, je sais que ça va être difficile mais j’y crois.

Merci beaucoup à Anne-Sophie d’avoir prit le temps de répondre à ces questions entre deux fabrications de savons. Je te souhaites beaucoup de réussite dans ton entreprise. Et on se dit à dans un an pour reparler de tout ça, OK ?
N’hésitez pas à aller visiter son très joli site et peut être à aller la voir si jamais vous avez la chance de vivre près de chez elle.